Résidence à la Villa Marguerite Yourcenar
Le 29/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Mercredi 29 mai 2019
Réveil à l'aube pour serrer fort dans mes bras Françoise Henry et Geneviève Parot, elles ont pris le train pour Paris, je prend celui pour Lyon quelques heures plus tard. Toute l'équipe est venue nous dire au revoir, des promesses de rencontres prochaines sont faites, j'espère que nous les tiendrons, des rires éclatent entre joie des moments passés et tentative de dissimuler une certaine émotion. Nous avons chacune rempli le livre d'or, quelques mots pour remercier encore nos hôtes, pour accueillir les prochains résidents.
À peine Françoise et Geneviève ont-elles franchi la porte que la maison a initié sa métamorphose. Draps et coussins volaient depuis l'étage supérieur et prenaient la direction de la laverie. Annick juchée sur un tabouret lavait à grandes eaux les réfrigérateurs et distribuait les restes. Une autre femme, venue l'aider, frottait les sols, lavait les salles de bain, changeait la literie, aérait les chambres, effaçait nos traces, les preuves de notre passage, de notre vie un mois durant derrière les portes "Zénon", "Alexis" et "Hadrien".

J'ai passé la dernière heure à lire dans le salon deux petits livres qui étaient restés en attente sur ma table de nuit, Nathalie Sarraute, l'après-midi de Michèle Gazier et Denis Deprez et Juste une formalité de Lucien Suel et Sylvie Granotier, deux livres à quatre mains, deux paires, un auteur une auteure, envie de retrouver moi aussi celui qui m'accompagne.
Je suis maintenant dans le TGV Lille-Lyon, une femme argentine parle au téléphone et le décrit comme el tren bala, il y a des airs de retour à la maison.
Merci pour votre attention au cours de ces 28 jours, vous pouvez éteindre l'écran et reprendre une activité normale. Après ch’temps là in d’ara d’l’aute !
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Le 28/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Mardi 28 mai 2019
Dernière nuit dans la grande demeure, derniers préparatifs avant de fermer la valise et de prendre le train demain, dernier déjeuner en compagnie de Marianne Petit la directrice et Bruno Dewaele le photographe, dernières lasagnes aux légumes, dernier tour du parc pour regarder la villa de loin une dernière fois, dernière carte postale reçue (merci Marie-Anne), derniers moments passés dans les bureaux à dire au revoir, à bientôt, j'espère que nous nous reverrons et surtout un grand merci, merci Marianne, Françoise, Béatrice, Virginie, Annick et Pascal, dernier dîner entre auteures, derniers rires, dernier parmentier au canard, dernier verre de vin rouge, dernière pluie d'un mois de mai qui parfois ressemblait à novembre, dernières lueurs de la bergerie de l'autre côté du parc où travaille l'équipe, derniers bruissements du vent dans les tilleuls, derniers chants d'oiseaux dont j'ai commencé à apprendre les noms (mésange bleue, pic-vert, hulotte, faisans), dernières lignes écrites dans cette maison, les prochaines le seront depuis le train de Lille à Lyon, avant-dernier billet de ce blog dédié à ma résidence à la Villa Marguerite Yourcenar.
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Le 27/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Lundi 27 mai 2019

Seulement deux jours avant le départ, avant le retour, la maison s'agite de toutes parts, Geneviève Parot s'expédie à elle-même des cartons de choses qu'elle n'a pas le courage de transporter dans sa valise, Françoise Henry s'est délestée du superflu auprès de sa fille venue lui rendre visite en voiture, moi je croise les doigts pour que tout rentre dans la valise. Je n'ai rien de plus, mais une loi étrange agit sur les objets et les rend toujours plus volumineux au retour qu'à l'aller.
J'ai cueilli trois feuilles de grands arbres du parc, une pour chacune de nous, en souvenir de ce séjour en pleine nature. Lecteurs botanistes vous n'aurez aucun mal à les reconnaître. Les feuilles sécheront, je l'espère, et resteront dans une livre de ma bibliothèque, si possible de Marguerite Yourcenar (ai-je seulement un livre d'elle à la maison ?).
Dép'art, c'est le nom du pass culture du département du Nord. On nous a offert une belle enveloppe avec dix illustrations de lieux emblématiques, dont la villa Marguerite Yourcenar. C'est beau.
J'ai reçu une carte postale et une lettre anonyme qui me laisse perplexe et curieuse. Elle a été postée à Saint Priest (mais peut-être est-ce le centre de tri de Lyon) et semble écrite par un poète. Je suppose qu'il s'agit d'une connaissance mienne, peut-être même un ami. Merci à cette personne de se dénoncer rapidement avant que je ne devienne folle.
Après-midi salon de thé à la villa. Charlotte Valois (et le plus mignon des bébés) est venue récupérer le vélo qu'elle m'avait prêté. J'espère que j'aurais la chance de recroiser sa route, à pied ou à vélo, ici ou là. Il est toujours triste de rencontrer des personnes avec qui l'on voudrait continuer à parler. Idem pour Marie-Anne Plet qui est revenue les bras chargés de victuailles - fraises, confiture maison, liqueur, bonbons aux coquelicots, thé et un gâteau chocolat-orange Tu m'aimes-tu ? - je n'ai pas de mots (coeur avec les doigts).
Reçu par Instagram un message qui m'a bien fait plaisir, il semblerait que mon éditeur Le chat polaire soit un champion des envois par la poste. Je dis ça, je ne dis rien.
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Le 26/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Dimanche 26 mai 2019
Malo-les-bains, la plus belle plage du Nord (c'est ce qui est écrit en arrivant), la plage de Dunkerque. Il faudrait déménager la Villa Marguerite Yourcenar au bord de la mer, laisser les auteurs contempler les mille nuances de gris, de bleu et de vert. Quel plaisir - semblable à l'excitation de l'enfance - que de courir sur la plage, marcher contre le vent, taquiner l'écume clair du bout de l'orteil, faire fuir le mouettes, trouver des coquillages vides, emplir ses poumons d'un air iodé, joie.
Moules-frites-bière en terrasse face à la mer, chez Le roi de la moule (ça ne s'invente pas). Plage de nouveau, des kilomètres de sable fin, la marée basse, il m'a fallu aller loin pour rejoindre l'eau avec cette peur au ventre de ne pas avoir assez de temps pour revenir à terre à marée haute.

Beaucoup de vent, les cheveux en bataille, une heure de répit au Laac - Lieu d'art et action contemporaine de Dunkerque - on entre par un jardin de sculptures qui mène à un bâtiment moderne bien qu'un peu vétuste. Trois étages, collection temporaire au rez-de-chaussée autour du gigantisme, au premier étage une sélection des meilleures oeuvres de la collection permanente (avec, entre autres, de magnifiques Arman, Niki de Saint Phalle, Bernard Heidsieck, César, Vasarely, Isidore Isou, etc.). Au dernier étage, un étonnant cabinet d’arts graphiques, meubles à tiroirs qui cachent des merveilles à condition de les ouvrir.
Et la mer, de nouveau, pour lui dire au revoir, pour revoir ces incroyables dégradés de bleu-gris, gris-vert, vert de gris, gris bleuté.
C'est Charlotte Valois qui m'a emmenée de nouveau à Malo aujourd'hui, deux fois merci à elle. Mais c'est Hélène Dorion qui m'a accompagnée, avec son livre L'âme rentre à la maison qu'elle a écrit depuis une île, solitaire et entourée d'eau, elle y parle d'amour... Moi aussi je rentre bientôt à la maison.
Malgré la distance, je suis allée voter... par procuration. Pas de marché, pas de promenade, pas de rencontre avec les voisins et amis du quartier, mais un bulletin dans l'urne tout de même.
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Le 25/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Samedi 25 mai 2019
Je suis maaaaaalade, complètement malaaaaaade, bon juste un petit rhume mais ce n'est pas agréable du tout, la tête lourde n'aide pas à la création.
J'ai regardé le documentaire À voix haute de Stéphane De Freitas et Ladj Ly. Une vingtaine de jeunes étudiants de la Seine Saint-Denis (le 93) décident de s'inscrire aux cours qui préparent au concours d'éloquence. Ça peut faire peur comme ça, on se dit que ça va être encore un film plein de bons sentiments, et bien oui, et ça fait un bien fou de voir tous ces jeunes qui savent ce qu'ils veulent et qui ont conscience que le langage est un moyen de s'en sortir, que maîtriser les mots ouvre bien des portes et permet d'avancer. Le documentaire est plein d'humour aussi, de poésie, de slam, d'histoires intimes, de combats personnels et universels. Bravo les jeunes !
En parlant de jeunes, j'ai lu Nous serons de héros de Brigitte Giraud. Comme toujours, son récit est fort, juste, beau. Deux histoires se mêlent, celle de la dictature au Portugal suivie de la révolution des œillets et celle de la guerre d'Algérie. Le narrateur est un enfant portugais exilé en France avec sa mère après l'arrestation et l'assassinat (un accident dit-on) de son père. Il est question de la perte de l'enfance, de la construction d'une nouvelle identité, de ce que l'on laisse et de ce que l'on gagne, mais il est question aussi du corps, du désir, de l'éveil des sens.
Faute d'écrire, je tricote. Je suis nulle en tricot, il va falloir l'admettre mais j'arriverai à finir cette foutue écharpe rouge. Elle ressemble à un portrait de mes humeurs, parfois la maille est souple, d'autres fois elle est trop serrée, il y a des trous par ci par là mailles perdues par inattention ou échappées lors d'un mouvement trop brusque, le début est plus étroit que la fin car je rajoute des mailles par inadvertance, je suis curieuse de finir mon ouvrage.
Demain, Malo-les-Bains, la mer !
Le 24/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Vendredi 24 mai 2019
Dernière journée des collégiens, demain la maison et le parc seront de nouveau plongés dans le silence. Je ne suis pas sortie pour ne pas tenter mon rhume qui s'était assoupi, j'ai gardé la chambre et le lit pour être en forme le soir.
Nous avons - Geneviève Parot, Françoise Henry et moi-même - proposé une première partie au spectacle de Jacques Bonnaffé. Dans l'alcôve de la salle d'exposition, nous avons lu en avant-première des extraits de nos travaux en cours. Nous voulions offrir aux auditeurs et autres gens de passage un aperçu de ce qui s'écrit derrière les murs de cette grande demeure.
La salle était comble et le public attentif (puis ravi). Trois textes de natures très différentes, trois voix soudainement interloquées par l'énigmatique présence de Jacques Bonnaffé qui est apparu avec un lustre portatif et qui s'est planté là. The show must go on, ce happening n'a pas manqué de surprendre tout le monde. Toutefois, ce qui a pu sembler étrange dans un premier temps a fini par avoir du sens plus tard lors du spectacle.
Remords-moi le Nord, titre dudit spectacle, est une reprise de Les Vieilles carettes.
Les Vieilles carettes roulent encore. Depuis Calais, et les Feux d’hiver qui les ont vues poindre à l’horizon, elles se sont aventurées dans les festivals conteurs, sur des scènes diverses. Et parfois, chez des amis se sont arrêtées, réinventées et écrites. Grande parade des baratins, en reconnaissance à tous les Cafougnette de la vie quotidienne. C’est une déclaration d’amour à la scène et aux mondes saltimbanques. Un emprunt joyeux à cet aplomb pétillant propre aux Ch’tis lorsqu’on arrête de les caricaturer dans de mauvais scénarios. Disons, une fête de l’écoute usant des répertoires populaires, et comme un devoir de comédien, petit ouvrage d’art et de paroles.
Jacques Bonnaffé parle en patois pendant presque tout le spectacle, il cite Rimbaud, Luciel Suel, Domique Sampiero et tant d'autres. Il mélange les chansons d'un certain Raoul (Raoul de Godewarsvelde, figure emblématique de la chanson populaire du Nord-Pas-de-Calais) et de Patti Smith. On fait le grand écart entre les chansons de carnaval et la poésie de la Beat generation. Et on en ressort dans un drôle d'état. Je pensais ne pas accrocher au côté clown des premières minutes du spectacle puis j'ai peu à peu été conquise, émue, ravie, j'ai ri, j'ai applaudi. Bravo à lui.
Une table de livres était tenue par la librairie Calibou & co (Café-Librairie-Boulangerie) à Godewaersvelde. Les libraires sont adorables et ils aiment la poésie ! Allez-y.
Le 23/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Jeudi 23 mai 2019
Reprise des activités collégiennes dans le parc. Déjeuner à la table de Jacques Bonnaffé. Il est comme on me l'avait décrit, voix et gouaille particulières, humour décapant, amour des oiseaux. Il a peu été question de poésie, mais faut-il en parler ?
J'ai dû passer pour une psychopathe lorsque j'ai dit à la chanteuse bulgare qui s'était égarée en musique dans notre couloir d'aller chanter plus loin car je n'arrivais pas à écrire. Je suis de ceux qui écrivent en silence, pas de notes, pas de mots.
Une nouvelle lettre est arrivée ce matin. Merci à la mystérieuse Sophie Grail que je ne connais pas (ou alors ma mémoire me fait défaut et dans ce cas je plaiderai un Alzheimer précoce) pour ses mots. C'est une drôle de sensation, agréable et joyeuse, que de recevoir du courrier postal, surtout en résidence. Ces petites enveloppes tissent un chemin entre ville et campagne, bien plus que les courriels qui finissent par se perdre au fond de l'ordinateur.
Naturellement je me suis enrhumée, à osciller entre pluie et canicule les variations ont eu raison de ma gorge. Journée enfermée dans ma petite chambre à boire des infusions romarin, citron, miel. C'est comme dans Mon citronnier lorsque la narratrice dit Allais-je passer le reste de ma vie à faire des infusions ?
L'autre fille d'Annie Ernaux est vraiment un très beau texte (et là je vous vois, ceux qui sont d'accord avec moi et qui frétillent, et ceux qui trouvent qu'Annie Ernaux ne fait rien d'autre que des listes de choses qu'elle voit, mais moi j'adore les listes et les auteurs qui font des listes comme Georges Perec ou Clémentine Mélois). Comme tous ses textes, celui-ci est sensible, elle trouve toujours l'image ou la phrase qui dormait en nous et devient évidence sur la page imprimée.
Avant d'aller dormir, il me faudra choisir entre Nous serons heureux de Brigitte Giraud, Une simple formalité de Sylvie Granotier et Luciel Suel (dont le titre me fait penser, certainement à tort, au film de Giuseppe Tornatore, Una pura formalità), et Identités barbares de Carine Fernandez.
Il n'y aura pas de fleurs ce soir, le rhume empêche mes escapades. Toutefois, l'herbier demeure incomplet puisque certains noms de plantes n'ont pas encore été trouvés.
Le 22/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Mercredi 22 mai 2019

Dernier train pour Buenos Aires, de Hernán Ronsino, très beau roman en quatre parties, quatre personnages, chacun sa version des faits, un peu comme dans Jackie Brown de Tarantino, sauf que là ça se passe en Argentine.
Je lis L'autre fille d'Annie Ernaux. Je découvre la collection Les affranchis des éditions NiL, une collection qui invite l'auteur à écrire une lettre qu'il n'a jamais écrite. Ici Annie Ernaux s'adresse à sa soeur, morte bien avant sa naissance, dont elle semble avoir appris l'existence par hasard.
Journée studieuse. La maison est calme, les collégiens ne reviennent que demain, la musique, l'agitation, le brouhaha et les rires aussi, j'en ai profité pour avancer.
Visite de Laure Anders, ancienne résidente de la Villa (je m'aperçois en écrivant "résidente" que l'on pourrait presque nous croire en maison de retraite ou à l'hôpital psychiatrique, il n'en est rien, nous sommes les habitantes de cette magnifique demeure, les châtelaines). Visite de Laure Anders donc, auteure et plasticienne qui a exposé en février à la Villa une série de collages sur le thème de la Saint Valentin (entendez amour et érotisme).
Suite au succès de l'herbier virtuel d'hier, voici une nouvelle série de photographies des fleurs que l'on trouve dans le parc. À vous de deviner, moi je suis nulle (à part le Pommier, le Pissenlit et le Houx).
Merci à Tristan Alleman qui a trouvé la Bugle rampante, le Lierre terrestre, le Trèfle douteux et la Renoncule.
Merci à Sophie Sopibali qui a trouvé l'Ail des ours, le Plantain et la Cardamine.
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1. Renoncule |
1 bis. feuille de Renoncule |
1 ter. Renoncule |
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2. Trèfle douteux |
3. Pissenlit |
4. Bugle rampante |
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5. Plantain |
6. Lierre terrestre |
7. Carotte sauvage ? |
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8. Houx |
9. Ail des ours |
10. Pommier |
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11. Cardamine |
11 bis. Cardamine |
12. Véronique |
Le 21/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Mardi 21 mai 2019
Le parc grouille de collégiens, pendant quatre jours la Villa Marguerite Yourcenar accueille 650 marmots du département du Nord. Au programme divers ateliers animés par des auteurs jeunesse dont Olivier de Solminihac que je rencontre enfin après une dizaine d'années d'amitié Facebookienne.
Longue discussion sur la terrasse ensoleillée (enfin, du soleil !), je découvre en vrac qu'il est également poète, qu'il lit du Carver comme Jean-Marc Flahaut, qu'un jour il est allé faire des recherches au Museum d'histoire naturelle de New-York, qu'il fume et qu'il s'est fait arrêter comme moi par les douanes volantes qui sillonnent vers la frontière belge, là où les gens achètent alcools et cigarettes.
Après-midi studieux, écrire, écrire, écrire. Au rez-de-chaussée cinq femmes chantent des chants bulgares. Elles sont là pour les collégiens, elles répètent entre deux concerts et l'on entend par alternance la joie ou la plainte du violon.
N'ayant aucune photographie pour illustrer le billet de ce soir, je suis allée me promener dans le parc. M'est venue l'idée de faire un herbier des fleurs qui poussent entre les herbes du domaine. Je m'aperçois que je n'y connais rien, je sais qu'il y a des pâquerettes, des marguerites, des boutons d'or, des pissenlits, des rhododendrons... et voilà, ma culture florale s'arrête là. À vous de jouer !
Merci à Sophie Sopibali qui a trouvé la Véronique, l'Herbe-à-Robert, le Myosotis et la Silène ou Compagnon rouge.
Merci à Tristan Alleman qui a trouvé la fleur de la Ronce, la Benoîte commune, la Renoncule et l'Alliaire officinale.
Merci à Françoise Henry et Annick Lecomte qui ont trouvé l'Ail des ours.
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1. Pissenlit |
2. Véronique |
3. |
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4. Herbe-à-Robert |
5. Rhododendron |
6. Alliaire officinale |
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7. Benoîte commune |
8. fleur de la Ronce (Mûrier) |
9. Myosotis |
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10. Silène / Compagnon rouge |
11. Bouton d'or |
12. Pâquerette |
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13. Renoncule |
14. Marguerite |
< JOUR PRÉCÉDENT JOUR SUIVANT >
Le 20/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Lundi 20 mai 2019
Rencontre au sommet avec deux grands poètes du Nord, Jean-Marc Flahaut et François-Xavier Farine. Après-midi à Lille à marcher de la gare à la grand place, à visiter le vieux Lille, à manger des gaufres en évaluant l'état de la poésie contemporaine.
J'étais curieuse de voir l'exposition en plein air qui a lieu actuellement à Lille, j'avais cru comprendre qu'il s'agissait de sculptures et autres formes visuelles d'art mexicain. L'événement s'appelle Eldorado et tout n'est pas très bon. Il y a en effet, lorsqu'on sort de la gare, des animaux géants en carton pâte, colorés et latino-américanisés, mais l'on a l'impression de voir une suite de Pokemons plutôt que des animaux totems. C'est gai mais ça m'a laissé un peu froide.
La vieille ville est très jolie, mais demeure le mystère d'une porte brûlée à moitié. Comment le feu a-t-il fait pour ne pas dévorer la porte entière ? le battant de la porte était peut-être ouvert, le bois des deux battants n'était peut-être pas le même, quelle est l'histoire de cet incendie ? Plus loin il y a un immeuble fin semblable au Flatiron building de New-York, je comprends mieux pourquoi Jean-Marc Flahaut parvient à faire de la littérature nord-américaine dans les Hauts de France (nous le voyons ici en pleine lecture d'un autre auteur à succès :-)
De retour à Bailleul, j'ai visité la librairie La bailleuloise qui possède un rayon dédié aux auteurs de la Villa Marguerite Yourcenar. J'ai acheté des enveloppes - c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup - et j'ai commencé à préparer les envois de mon nouveau recueil. Il ne tient qu'à vous de le commander, hehehe.
Merci merci merci aux trois personnes - mon mari Jean-Christophe Géminard, Philippe Perrier et Sylvie Doizelet - pour vos missives. Quelle joie de trouver à mon retour enveloppes et cartes postales glissées sous ma porte.
Aujourd'hui c'est aussi un jour spécial, mais ça c'est une autre histoire.
Le 19/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Dimanche 19 mai 2019
Nuit et réveil bruxellois, la pluie gâche l'idée d'une balade dans le quartier, matinée pyjama. Marc propose de rapporter des couques - entendez pains au chocolats et croissants - mais il revient avec un craquelin - entendez une brioche au sucre.
Faute de visite touristique, c'est une visite gastronomique qui continue avec le repas de midi autour de croquettes aux crevettes. L'on me dit qu'elles sont bonnes mais qu'il en existe des meilleures, il me faudra revenir.
Deuxième après-midi à Limal pour le lancement de Tu m'aimes-tu ? aux éditions Le chat polaire. La seconde partie du Narrathon aurait dû se centrer uniquement autour de la musique avec un concert d'Hélène Piris - qui n'a malheureusement pas pu venir - et de Paul Guiot qui a présenté une douzaine de ses compositions mêlant blues et poésie, accompagné à la guitare par son neveu. Aussi ai-je remplacé la belle Hélène au pied levé et continué le voyage entrepris le jour d'avant Tatactatoum, tatactatoum, tatactatoum.
Le neveu de Paul et un ami à lui se sont faits remarquer grâce à leur coupe de cheveux. Ils arboraient tous deux fièrement un mulet car ils revenaient du fameux et unique Festival de la coupe mulet.
Retour à la Villa Marguerite Yourcenar en fin de journée, Geneviève et Françoise dans la grande cuisine, la soupe préparée par Annick sur le feu, la nuit peut tomber.
Le 18/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Samedi 18 mai 2019
Lancement à Bruxelles de mon recueil de poésie Tu m'aimes-tu ? aux éditions belges Le chat polaire. Je dis Bruxelles mais il s'agit de Limal, une bourgade à 30 minutes de Bruxelles. Paul et Anne Guiot ont ouvert les portes de leur magnifique maison avec jardin. Au premier étage, la galerie du tiroir, un grand espace avec une scène, des instruments, des chaises pour accueillir une cinquantaine de personnes et des tableaux accrochés aux cimaises. Salle d'exposition, salle de concert, salle de lecture pour nous poètes.
Le chat polaire (Marie Tafforeau et Marc Menu), jeune maison d'édition, présentait aujourd'hui ses trois premiers ouvrages. Juste un doigt de liberté de Max Zouic, Au pays de mots à sons de Paul Guiot et Tu m'aimes-tu ? de moi-même. Trois lectures, celle de Max Zouic et la mienne accompagnées à la guitare électrique par Paul.
Tatactatoum, tatactatoum, tatactatoum, lecture du chapitre 2 du recueil, celui du train. La salle emportée sur les rails, en cadence, on avance. Le son métallique des cordes de la guitare comme un grincement de roues sur la voie ferrée, improvisation parfaite pour cette lecture unique.
Ont suivi d'autres lectures, notamment de Grégory Parreira, venu tout exprès de Lyon, et de Tristan Alleman avec qui j'ai lu un texte à deux voix, superposées.
Vin, bière, beaucoup de bières différentes - la réputation de la Belgique n'est plus à faire - champagne. Une soirée vraiment charmante, à l'image de nos hôtes.
Le 17/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Vendredi 17 mai 2019
Hier soir j'ai marché une heure après le dîner. Le ciel était rose ou orangé, la campagne silencieuse, les routes semblent n'être là que pour dessiner des lignes de fuite, la plupart des maisons étaient éteintes, seules quelques fenêtres brillaient au loin.
J'ai vu pour la première fois de ma vie une houblonnière. On imagine qu'un champ planté de houblon ressemble à n'importe quel champ, il n'en est rien. Le houblon est une liane herbacée, pour l'aider à grimper, pour faciliter le ramassage, pour établir de l'ordre - je n'y connais rien - les agriculteurs bordent le terrain de poteaux de bois, ils tendent ensuite des fils métalliques sur lesquels grimperont les plantes. Il y a quelque chose de graphique et de très surprenant à voir une telle installation, d'autant plus lorsque l'on ne sait pas de quoi il s'agit. Petite plante deviendra bière.
Plus loin un autre champ sur lequel reposent des meules de foin entourées de plastique. Scène commune de campagne, on attend qu'un camion les embarque. Mais ici le plastique qui entoure les meules est rose ou bleu ciel, et ce sont des marshmallows géants qui recouvrent l'herbe rase.
Ce midi, moules frites, que dire de plus ? Bonheur, moules frites for ever.
Le 16/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Jeudi 16 mai 2019
Visite d'élèves de deux classes de seconde (français-théâtre et espagnol) du Lycée Sophie Berthelot de Calais, nous nous sommes installés sur l'herbe du parc pour parler de littérature. La classe de Véronique Boutin avait préparé deux interventions autour de mes textes : une lecture musicale (clarinette, ukulélé et claquements de doigts) de l'intégralité de mon recueil Machine arrière et une suite de questions à propos de Mon citronnier.
C'est la première fois qu'une enseignante incite ses élèves à lire l'intégralité de l'un de mes ouvrages, la première fois aussi qu'on leur donne librement accès à certains thèmes qui d'habitude leur sont censurés. J'ai eu le bonheur d'entendre mes propres mots - ceux que j'avais écrits pour des lèvres de leur âge - articulés par ces jeunes d'aujourd'hui en tous points semblables aux jeunes du livre quinze ou vingt ans plus tôt.
Musique, un jeune homme dit Étrange protocole / que celui / de prendre / rendez-vous / pour un premier baiser ; une jeune fille lit à sont tour Dans les vestiaires / je compare / mes seins / à ceux / de Sophie ; une autre ajoute Je vole / des cigarettes / Je fume / des cigarettes / Je fume / en cachette ; enfin À dix-huit ans / moins quelques jours / j'étais enceinte...
Discussion à bâtons rompus, un garçon pense que ce livre est étrange parce qu'il est intime et parle de moi sans filtre, une fille lui rétorque que ce livre parle d'eux, qu'il résume avec vérité tout ce qui leur arrive ou peut leur arriver, c'est aussi la première fois que je fais une rencontre où j'ai l'impression d'un vrai dialogue entre eux et moi. Ce n'est plus moi sur l'estrade à essayer de piquer leur curiosité, c'est nous tous ensemble dans l'herbe à papoter de choses et d'autres.
Il y a eu un moment de silence, on a cru que c'était fini et puis non, série de questions, l'une après l'autre, quel conseil pour écrire ? est-ce qu'il m'arrive d'avoir le syndrome de la page blanche ? comment j'ai fait pour obtenir une résidence d'écriture ? est-ce que j'arrive à écrire dans cette grande maison ? quel livre je leur conseille de lire (Ravage de Barjavel) ? est-ce que Mon citronnier a été écrit pour faire le deuil de mon père ? et ainsi de suite, sans l'aide de leur professeure.
Une jeune fille m'a prise en aparté à la fin pour me remercier avec ces quelques mots Vous êtes inspirée et inspirante. Merci à eux tous de m'avoir montré des yeux pleins d'étincelles.
Le 15/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Mercredi 15 mai 2019
Le couloir et tout le rez-de-chaussée de la maison embaument le fromage. Annick a fait une délicieuse tarte au Maroilles - ce fromage du Nord et de l'Aisne - accompagné d'une salade verte et rien d'autre. Déjeuner en terrasse à profiter d'un ciel exceptionnellement bleu.
Journée prolifique côté travail, un texte qui avance et dont je découvre peu à peu le destin des personnages qui l'habitent. Comme Miguel de Unamuno dans Niebla, je pense que mes protagonistes ont une vie propre, nous verront ce qu'ils en font.
Séance de cinéma avec Geneviève, Penché dans le vent, documentaire de Thomas Riedelsheimer à propos du travail d'Andy Goldsworthy, plasticien du Land art. On découvre la genèse de certaines de ses oeuvres, son rapport à la nature, on sent l'importance du temps au fil des saisons, un temps qui modifie, transforme ou altère ce que l'homme a tenté de créer. C'est lent et poétique, en totale résonance avec le bois qui nous entoure.
Devant le cinéma, un homme à vélo avec quatre téléphones portables sur son guidon. Je m'interroge à voix haute et l'ouvreuse me dit que c'est un chasseur de Pokemons, qu'il y en a beaucoup par ici, les gens viennent de loin pour les attraper. De retour à la maison, j'installe Pokemon Go sur mon téléphone afin de vérifier ses dires. En effet le parc grouille de bestioles invisibles et virtuelles. Mon avatar se prénomme Yourcenar.
Le 14/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Mardi 14 mai 2019
Première étape des quatre jours de Dunkerque, une course cycliste qui va de Dunkerque à Condé sur l'Escaut en passant par Berthen, Boeschepe, Le Mont noir et Saint-Jans-Cappel. Il y a même un prix spécial "Mont noir", comme quoi la montée qui mène à la Villa Marguerite Yourcenar est une côte de champions. On peut me décerner d'ores et déjà le trophée pour l'avoir montée deux fois depuis mon arrivée.
Pendant que les fans de vélo agitaient bras et fanions le long de la route, je suis allée me promener à Hazebrouck, "destination cœur de Flandre" peut-on lire sur les fascicule de l'office du tourisme. La ville est un peu plus grande que Bailleul, toutefois on y retrouve les mêmes repères architecturaux, la gare, la rue nationale, lé beffroi, l'église (attention à ne pas confondre beffroi et église) et la grand place. Sensation agréable de pouvoir circuler dans l'inconnu sans jamais se perdre.
Un ancien couvent des Augustins abrite un très joli musée d'histoire et d'art de la région. Si l'art flamand ne fait pas réellement partie des mes prédilections, le bâtiment vaut vraiment la peine d'être visité. Je constate aussi que les géants sont hébergés dans les musées municipaux en dehors des périodes de carnaval (c'était le cas également au musée de Flandre à Cassel). Je regrette de ne pouvoir assister à un carnaval, les gens d'ici en parlent toujours avec des yeux d'enfant et un peu d'excitation dans la voix.
Hier soir j'ai commencé un travail de collage. Je découpe ce qui me tombe sous la main - flyers, programmes, journaux. La voix du Nord et Le Phare dunkerquois ont, comme je m'y attendais, une rubrique "faits divers" assez cocasse :
Les folles trouvailles de l'hôpital : du classique godemiché à la tige de rose (avec les épines), les objets retrouvés dans le corps sont parfois incroyables...
Son mari a avoué le meurtre d'Angélique, aujourd'hui elle sort du silence...
Retranché chez lui, il ouvre la gaz et lance des couteaux sur les pompiers...
À part ça tout va bien...
Le 13/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Lundi 13 mai 2019
Mon citronnier est un roman court qui comporte 161 264 caractères... l'actuel roman ne comporte pour l'instant que 60 491 caractères, il ne sera jamais fini avant la fin de la résidence, je le savais mais maintenant je le constate.
Charlotte a tenu promesse, elle m'a apporté il y a deux jours un vélo que je n'avais pas encore eu l'occasion d'essayer. Léger, avec 27 vitesses, il m'a permis de faire une boucle - Mont noir, Saint-Jans-Cappel, Bailleul, Météren, Mont noir - à peine 15 km en descente-montée-descente-montée, la dernière montée étant la plus dure, vent de face.
J'ai dormi trois heures après ça, ce que j'imaginais être une courte sieste est devenu un profond sommeil duquel je suis sortie comme s'il s'agissait du petit matin. 18:30 sur le cadran de l'horloge et ma stupéfaction à croire que j'avais dormi près de vingt heures. Décalage horaire domestique, trois heures de perdues dans de drôles de rêves que je ne suis pas parvenue à retenir.
Hier soir j'ai revu Riens du tout de Cédrick Klapish, le film est très daté années 90 et les dialogues savoureux. Un des acteurs ressemble à Danny Boon mais je découvre qu'il s'agit d'Antoine Chappey, l'anecdote n'a d'intérêt que pour moi, les Chappey étant une branche avunculaire de ma famille, par alliance.
Lecture de Ces deux-là de Patrick Deville dont on voit une photographie de son bureau dans la salle d'exposition. Comment fait-il pour écrire derrière sa muraille de livres ?
Il faudrait que j'aille à Lille.
Le 12/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Dimanche 12 mai 2019
J'oublie parfois de vous préciser que je travaille, la résidence d'écrivains Marguerite Yourcenar étant un lieu propice à la création - espace, calme, silence - chaque matin je me lève tôt pour être assise au bureau à 9 heures au plus tard et travailler ainsi jusqu'à l'heure du déjeuner. Le projet avance, interrompu parfois par de longues lectures, des moments de contemplation, des tentatives de bronzage à la moindre éclaircie, des balades et des discussions.
Aujourd'hui nous avons tenté de nouveau l'expérience du télésiège. Le vent était calme, le soleil présent, le patron de bonne humeur et le tarif accessible. Nous avons donc survolé les vignes qui séparent le Mont noir du Mont rouge, la France de la Belgique, le voyage fut de courte durée mais drôle avec un petit goût d'enfance. Cette légère euphorie nous a menées à commander une gaufre au sucre glace sur la terrasse du Cordoba (pourquoi ce nom ?) tandis que nous regardions d'en bas d'autres olibrius monter sur ces drôles de sièges.
Retour à pied par un chemin du parc au détour duquel se cache une grotte dédiée à la Vierge. Une messe se tient là dans les bois tous les dimanches à 16 heures, je serais curieuse de savoir qui vient prier à l'ombre des arbres. Plus loin, apparition d'un cheval blanc tout droit sorti du conte pour enfant. Les sous-bois deviennent de plus en plus magiques...
Le 11/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Samedi 11 mai 2019
Rien. Ou pas grand chose. Journée de flemme, épuisée peut-être par la journée d'hier au lycée. Réveil en lecture - Écrire une histoire, d'Olivier de Solminihac - récit qui dit ou ne dit pas ce qu'annonce le titre, qu'est-ce qu'écrire une histoire ? Sieste et après-midi en lecture également - Au piano, de Jean Echenoz. Étrange roman qui bascule à mi-roman dans quelque chose qui ressemble à Hôtel des deux mondes d'Éric Emmanuel Schmitt, pourquoi pas mais ce n'est pas son meilleur livre.
Geneviève a cueilli des marguerites, elle vit dangereusement, défiant les panneaux qui interdisent la cueillette. Le bouquet égaie la cuisine, ce lieu devenu le centre de nos discussions du soir autour du dîner. Moi je suis restée enfermée dans la maison tandis que mes colocataires s'en allaient promener, j'ai joué au fantôme derrière les fenêtre de la villa, faisant sursauter les curieux qui parfois collaient leur nez aux portes vitrées de la demeure.
J'ai voulu prendre une photographie du potager des écrivains. Pour l'instant il n'y pousse rien, les graines ont à peine été enfouies et arrosées par Pascal le technicien, je ne sais pas si quelque plante, légume ou aromate verra le jour, les oiseaux viennent chaque jour et fouillent la terre de leur bec. J'ai glissé sur l'herbe humide pour capturer cette image, poignet droit et ego endoloris.
J'aimerais recevoir une lettre, le lieu est propice à la correspondance :
Villa Marguerite Yourcenar
2266, route du Parc
59270 Saint-Jans-Cappel
Retour à la lecture, encore. Bonne nuit.
Le 10/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Vendredi 10 mai 2019
Aujourd'hui je suis intervenue au Lycée Jean Bart à Dunkerque. Déjeuner avec Gilles Hogrel (proviseur), Carole Durant (documentaliste), Leila Vandewalle (professeure d'espagnol), Jean-Pierre Petel (professeur de français) et Charlotte Valois (mon accompagnatrice), puis direction le CDI pour deux séances d'une heure, la première en espagnol, la seconde en français, mais je ne vais rien écrire et laisser la parole aux élèves que je remercie encore et encore pour tout ce travail autour de Mon citronnier.
Petit interlude avant de leur laisser la parole, j'ai vu la mer ! (Merci Charlotte qui a accepté de faire un détour, quinze minutes de marche sur le sable fin avant de revenir au Mont noir)
[Allonz-y... et pardon pour la qualité des images, elles sont faites avec mon téléphone - Je les ai mises dans le désordre, il n'y a aucune volonté de les classer par préférence ou quoi que ce soit - Cliquez sur les images pour les agrandir]
Le 09/05/2019
Villa Marguerite Yourcenar - Jeudi 9 mai 2019
Dans les briques de la façade de la maison, il y a un trou dans lequel des oiseaux ont fait leur nid. Je me suis approchée pour essayer de les voir, ils paillaient quelque chose qui ressemblait fortement à "J'ai faim, j'ai faim, quand est-ce qu'on mange ?". La mère (ou le père) a quitté l'arbre où elle (ou il) se tenait pour venir vérifier qui était cette grande perche humaine qui s'approchait de sa progéniture. Je crois que c'était une mésange bleue - je n'y connais rien - elle a commencé à voler autour de moi dans une danse en U, voulant certainement m'attaquer mais se rendant bien compte que j'étais plus grande qu'elle. Je me suis éloignée. Un ami m'a conseillé l'attitude orientale : sois zen et contemple. C'est un peu chiant mais j'essaie.
Ça nous apprendra à naître dans le Nord, de Carole Fives et Amandine Dhée. Comment ne pas lire ce livre ici ? Les deux auteures-narratrices, à la demande de leur éditeur, initient un travail d'écriture sur Fives, un quartier populaire de Lille qui a connu un passé industriel puis, à la fermeture des usines, un fort chômage. Elles avancent dans leurs recherches, travaillent ensemble dans différents bars, entrecoupent le récit de leurs échanges par des voix de témoins. C'est drôle et touchant, à lire dans le Nord comme dans le Sud.
Très belle soirée à la Villa. Vernissage de l'exposition de Benoît Galibert Au lieu d'écrire suivi d'une lecture-rencontre avec les trois auteures résidentes. Dominique Quélen animait la soirée, il avait lu les trois livres d'une façon rare et fine, trouvant un subtil fil rouge pour passer de La folie des solitudes de Geneviève Parot, à Mon citronnier, à Juste avant l'hiver de Françoise Parot. Le public était présent et attentif. Il a été question de fait divers dans la Creuse, d'enquêtes, de meurtres et d'absences, de Prague avant et après la révolution de velours, de langues et de poésie. Cocktail, échanges, chacun est reparti au travers des bois du parc laissant la maison silencieuse et ses habitantes ravies.
Demain Dunkerque.
























































