Mercredi 5 avril 2023
Parfois ça ne se passe pas aussi bien que l'on voudrait et les garçons parlent, crient, chahuttent, renversent des objets, n'écoutent rien. Après avoir tenté l'humour, la bienveillance, la patience, seul un cri primaire et animal a permis un retour au silence.
Le second groupe était calme. Les élèves ont même demandé à entendre les petites chroniques que j'écris sur elles et eux chaque mercredi. Ce sont ensuite leurs textes que l'on a entendus, voix timides qui ont osé un petit envol.
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Avant-dernier mercredi au lycée Condorcet. J'ai récrit les textes des élèves à l'ordinateur. Leurs brouillons sont devenus de la littérature. Quelques imperfections par manque de logique ici ou là, mais une œuvre qui tient la route, contemporaine, vivante.
Aujourd'hui, nous allons donner voix aux textes. Comprendre l'importance du souffle, de la respiration, des silences, de l'intelligibilité des mots. La prochaine fois, nous enregistrerons ce travail.
45 minutes que je roule en tram, le soleil traverse les vitres, nous fait croire au retour du printemps. La lumière est douce, le ciel d'un bleu de vacances. Si je ferme le yeux, il y aura peut-être la mer au bout de mon voyage.
[Tiens je viens de rater mon arrêt... demi-tour]
Mercredi 15 mars 2023
Quatre heures plus tard, presque tous les groupes ont fini leurs textes. Des histoires de jeunes avec de l'amour, de la trahison, des jalousies, des parents disparus puis retrouvés, des voyages initiatiques, des gangs et des mafieux, des parents pauvres qui deviennent riches, des parents malades qui guérissent, des hétéros, des homos, des trans, des cafés latte et des livraisons louches, des boxeuses et des danseurs... de quoi avoir une petite idée de ce qui les touche.
J'avais prévu de leur lire des extraits de Mo Bolduc, Grégoire Hadrien Damon, Nat Yot, Heptanes Fraxion et Marlene Tissot, je n'ai pas eu le temps.
Next time...
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Mercredi de nouveau. J'ai dormi. Le trac n'est plus là. À la place, une certaine confiance, en eux, en elles, en moi.
45 min de tram pour arriver au lycée. Je m'aperçois que je n'ai pas vraiment regardé le paysage les dernières fois. Aujourd'hui le wagon est recouvert d'une publicité adhésive microperforée. De minuscules trous nous permettent de voir au travers de la pub. La vie dehors ressemble à un tableau de Lichtenstein.
Un homme s'est mis à parler seul, à voix haute, comme s'il interprétait une pièce de théâtre. Je capte des bribes étranges : 15 c'est déjà trop vieux... quand j'ai su que les enfants commençaient à travailler à 3 ans, j'ai été bouleversé... il y a une cosmogonie du verbe... Tout le monde l'ignore. Il porte un casque, il pourrait très bien être au téléphone avec quelqu'un, ou fou, ou prophète.
La séance d'aujourd'hui au lycée porte sur l'écriture. On finit ce que l'on a initié. La prochaine fois, on tentera de mettre en voix les textes. Quand ils et elles passent au tableau, ils et elles se collent au mur, ou s'agitent de gauche à droite, ou regardent leurs pieds. Decoller, calmer et ouvrir l'horizon, un beau programme...