Poème 2024
Je nage
l’adrénaline emplit mon corps à chaque brasse
l’air me manque, j’avance dans une pluie horizontale
Je nage
au milieu des champions, des nageurs papillons
j’avance au rythme mien, celui des nuages dans le ciel
Je nage
j’avance vers une rive certaine, à l’aller comme au retour
il me faudrait un mental d’acier pour oser la nage en pleine mer
Je nage
j’oublie le collectif, il n’y a que moi et les éléments
l’eau du grand bain, le ciel et la caresse du vent, parfois la neige
Je nage
mon unique prouesse est de nager un kilomètre – mille mètres
que je décompose en tranches de 25 mètres, mathématique de l’eau
Je nage
parfois freinée par un faux-départ, une crampe, une gorgée imprévue
le liquide ami devenu ennemi le temps d’une parenthèse où je pourrais me noyer
Je nage
échappée du rythme infernal du quotidien professionnel, pause-déjeuner
j’oublie de manger, j’avale un à un les mouvements qui nourrissent mes muscles
Je nage
pas de mi-temps pour aller aux oranges, le kilomètre se nage en une seule fois
brasse après brasse jusqu’à l’épuisement des vitamines et des minéraux du corps humide
Je nage
parfois je voudrais m’encorder à l’autre rive, traverser les reflets bleus des mosaïques
accrochée à un élastique qui me ramènerait en une parfaite ligne droite d’écume blanche
Je nage
je joue contre moi-même, contre la montre parfois, contre les autres nageurs hors-jeu
qui n’en savent rien et m’ignorent, je nage, je nage, je nage et jamais je ne coule