Tremplin poétique : écoutez la poésie !

Le 07/04/2026 à 10:13

La Duchère brave les interdits

Au cours de deux séances animées par Samantha Barendson, le public des ateliers d’écriture à la bibliothèque de la Duchère s’est libéré des injonctions à travers la poésie.

« Je demande à la mer de s’installer à Lyon. »

Les 19 mars et 1er avril, un petit groupe de personnes s’est rassemblé dans le quartier de la Duchère pour s’atteler à un duo d’ateliers d’écriture. Le thème pour ces deux séances ? Les interdits. Ou plutôt, comment répondre en poésie à toutes ces injonctions et tous ces interdits qui brident notre quotidien.

Au cours de la première séance, Samantha Barendson a introduit le sujet des injonctions en lisant à haute-voix un texte de Mo Bolduc, intitulé « Tu seras belle », et tiré de son livre Dead End. Elle y fait la liste des injonctions reçues quand on est une femme, et qui sont souvent si contradictoires qu’elles laissent peu de place à la liberté de s’exprimer telle que l’on est.

Le ton de cet atelier d’écriture ayant été donné, la poétesse a encouragé les participants à se lancer dans une série d’exercices de poésie ayant pour but de permettre à chacun de s’exprimer sur les injonctions du quotidien pour s’en libérer, au moins par la poésie.

Dans un premier temps, chacun a fait la liste des interdits dont il est témoin au quotidien. Les interdits en question pouvaient aller du banal « ne pas marcher sur la pelouse » à des choses plus intimes, parfois tirées de l’enfance, que chacun porte encore en lui et auxquelles tout le monde peut s’identifier. Car quel adulte n’a jamais un jour entendu « ne cours pas », que cet ordre sorte de sa propre bouche ou soit celui prononcé par ses parents des années plus tôt ? Il en va de même pour « mets tes chaussons » ou « tiens-toi droite », et tant d’autres injonctions encore auxquels chacun a (dés)obéi étant petit. Et au cours d’un tour de table où chacun a partagé sa liste des interdictions, chaque membre du groupe a réalisé qu’il avait plus en commun avec son voisin qu’il ne le pensait.

Samantha Barendson a laissé le temps et l’espace à chacun de s’exprimer avant d’inviter le groupe à se pencher sur le prochain exercice : la liste des « je veux ». Pour se défaire des interdictions précédemment évoquées, la poétesse a invité chacun à énumérer tout ce qu’il voulait être, voulait devenir, voulait faire, ne voulait plus être, pour arriver à cette forme idéale de personne que chacun souhaite être au fond de lui. Et pour ça, pas besoin de toujours rester ancré dans le réel : on peut aussi bien souhaiter arrêter de travailler que de voir la mer s’installer à Lyon.
L’atelier a aussi laissé la peur s’exprimer : à la manière d’un long poème, chacun a listé cinq de ses peurs pour former un texte global et rappeler à chacun que les vulnérabilités sont aussi ce qui nous rassemblent.
Finalement, la séance s’est conclue sur la production d’un poème en écho au premier rédigé : celui qui permet de se libérer de toutes les injonctions et des interdictions, celui qui permet de reprendre le contrôle et d’être libre.

Mais la poésie ne s’est pas arrêtée là !
Deux semaines plus tard, le petit groupe s’est de nouveau réuni à La Duchère, mais cette fois-ci à la MJC. Grâce à l’aide des bénévoles, les poètes du premier atelier ont pu profiter du studio d’enregistrement pour poser leur voix sur leurs mots.
Après un bref échauffement de la voix, Samantha Barendson a donné quelques conseils et pris les commandes pour que chacun puisse arriver à une lecture poignante de son texte. Lecture à deux, superposition des voix, échange des textes... la poétesse regorgeait d’idée pour faire passer la poésie de l’écrit à l’oral.

Et le pari est réussi : vous pourrez retrouver ci-dessous le fruit de ces deux séances de poésie, un enregistrement poétique monté par Samantha Barendson et auquel ont contribué tous les membres de l’atelier d’écriture.