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  • VMY - Samedi 4 mai 2019

    Villa Marguerite Yourcenar - Samedi 4 mai 2019

    La deuxième nuit a également été agitée, sorte de chorégraphie pour lutter contre un oreiller qui a été limogé à la première heure ce matin, remplacé par un autre qui devrait mieux convenir au repos. Hasard des nuits sans sommeil, j'ai enfin terminé d'écrire le recueil Insomnies. Cette suite de textes en prose fait écho aux photographies de Romain Lamberet, il ne nous manque plus qu'un éditeur. 

    Img20190504155200Après-midi touristique. Nous avions entrepris d'aller faire un tour en Belgique afin de prendre le télésiège qui relie le Mont Noir au Mont rouge. La météo indécise - grand soleil, vent, grand soleil, pluie, grand soleil, grêle, grand soleil - n'a pas permis aux propriétaires d'ouvrir au public. Les sièges pendaient dans le ciel, vintage et colorés, nous y retourneront un jour de vent calme. 

    Img20190504160224Consolation en terrasse (soleil), puis en salle (pluie), puis en terrasse (soleil). Les boissons proposées sont multinationales (Coca & co.) ou belges comme le Cécémel, un lait chocolaté. Aller-retour par les bois, le long de la frontière franco-belge, derrière Geneviève Parot qui maîtrise la lecture des cartes et le sens de l'orientation. Un distributeur de sacs de pomme de terres au bout de la rue et un cimetière militaire au détour d'un chemin, pas de Brexit sous la pelouse et les fleurs, soldats anglais et français dorment ensemble désormais.

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    Le reve de martinImg20190504153315La bibliothèque de la villa est immense, frustration de ne pouvoir tout lire, envie de ne faire que ça un mois durant, impossible, il faut écrire. J'ai lu Le rêve de Martin de Françoise Henry ma colocataire, commencé Étude pour saint Dominique de Dominque Sampiero à propos de l'oeuvre d'Henri Matisse. M'attendent Carole Fives, Jean Echenoz, Simonetta Greggio, Marguerite Yourcenar, Carine Fernandez et Geneviève Parot mon autre colocataire.

    Je n'ai pas parlé d'Annick, notre intendante, qui a rempli le frigidaire de victuailles afin que nous ne mourions pas de faim pendant le week-end. Ce soir lasagnes ! Demain un roman à écrire.

     

     

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  • VMY - Vendredi 3 mai 2019

    Villa Marguerite Yourcenar - Vendredi 3 mai 2019

    Img20190503142704My youngLa première nuit a été agitée, sorte d'insomnie entrecoupée de soupirs, expérience propice au premier texte de ma longue liste de choses à faire. Celui-ci parle d'une femme qui a peur de l'eau et qui doit dormir dans un bateau. Elle ne dort pas, je n'ai pas dormi.

    Tentative d'aller-retour à pied à Saint-Jans-Cappel. Ce n'est pas si loin, sept kilomètres en tout, une jolie descente, une terrible remontée. Le village est assez désert, une épicerie de produits issus de la ferme, un coiffeur, une pharmacie, une boulangerie et le musée Marguerite Yourcenar. 

    Un documentaire de la RTBF y est diffusé (je n'ai pas réussi à le retrouver sur Internet), 20 minutes qui retracent la vie particulière de cette femme de lettres. Orpheline de mère peu après sa naissance, elle est non seulement élevée mais éduquée par son père, homme érudit à la belle moustache, qui lui enseigne le grec et le latin et l'emmène en voyage partout en Europe. On la voit s'exprimer à propos de sa jeunesse et de ses écrits et l'on ne peut s'empêcher d'aimer cet accent aristocratique et cette façon de sur-articuler les mots. Genèse des trois oeuvres qui ont donné le nom des trois chambres de la villa où j'habite (Hadrien, Zénon et Alexis) : Mémoires d'Hadrien, de L'oeuvre au noir, et d'Alexis ou le Traité du vain combat ; genèse aussi de ses amours compliquées, plurielles, fougueuses que j'ai hâte de lire partiellement dans Feux

    Les murs du musée sont recouverts de cadres qui contiennent photographies et textes dans un souci de chronologie thématique. On y lit l'enfant, l'adolescente, la jeune femme écrivain, l'amoureuse, l'académicienne, la Flamande, l'Américaine, et enfin l'écologiste. Car il semblerait que Marguerite Yourcenar ait été une fervente protectrice des animaux au point d'inciter Brigitte Bardot à aller sauver les bébés phoques (BB prétend ne jamais avoir reçu la lettre de Marguerite et dit en avoir eu l'idée toute seule... mystère). 

    La guide du musée connaît l'histoire de Marguerite comme si elle avait côtoyée l'auteure. Elle en parle avec tendresse, on sent qu'elle aime ce lieu et les fantômes qui y habitent.

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    Retour à pied donc, après avoir acheté légumes, fromages, tisanes et cookies de la ferme. Le printemps s'éveille peu à peu. J'ai traversé des champs de blé que j'ai pris pour du houblon dans ce pays de bière, mais je n'y connais rien. Les maisons de briques pointaient leurs toits par-delà le vert qui doucement devenait orange.

    J'ai posté une annonce pour louer un vélo électrique.

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  • VMY - Jeudi 2 mai 2019

    Villa Marguerite Yourcenar - Jeudi 2 mai 2019

    Réveil à l'aube pour prendre le train en direction du Nord. Sentiment mitigé entre la bonheur de partir en résidence d'écriture et la mélancolie de savoir que ce soir nos deux lits seront vides.

    La villa est perdue dans les bois, briques et pierres au milieu du printemps, on entend des oiseaux qui piaillent, gazouillent ou chantent - je n'y connais rien - je vais devoir m'habituer à leur présence.

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    J'ai bougé tous les meubles de ma chambre, besoin de plus d'espace, de plus de lumière et de faire de cette habitation mon nid pour les quatre semaines à venir.

    La Belgique est à 750 mètres, un ancien poste de frontière a donné naissance à un village où l'on ne vend que des cigarettes, de l'alcool, des chips et des bonbons, parfois des sacs-à-main ou des fleurs. Il me faudra donc marcher ou pédaler ailleurs pour trouver de la nourriture.

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    J'ai commencé à écrire, un texte qui fait suite au festival Lettres nomades 2018. Plus d'un an est passé mais j'aime l'idée d'écrire ce texte de retour, ici, dans le Nord.

    Mes colocataires sont Geneviève Parot et Françoise Henry, nous apprenons à nous connaître, nous glissons lentement d'une conversation polie et structurée à quelque chose de plus intime qui laisse échapper le rire.

    Demain il faudra travailler, un roman est en attente, moi aussi.

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